enfant qui ne veut pas aller à l'école

Je me souviens très bien de ma première rencontre avec la phobie scolaire. À l’époque, j’étais encore professeure des écoles, et l’un de mes élèves n’arrivait tout simplement pas à sortir de la voiture de ses parents pour venir en classe. Cela a duré plusieurs mois. Je ne savais pas comment l’aider, et ses parents non plus. Si l’on tentait de le forcer à sortir du véhicule, il se mettait à pleurer et à gesticuler dans tous les sens. C’était sans compter ses innombrables maux de ventre, qui disparaissaient comme par magie dès qu’il obtenait le droit de rester à la maison.

Chaque matin était une nouvelle lutte. Certains jours se passaient mieux que d’autres, mais parfois, ses pleurs semblaient ne jamais devoir s’arrêter. Je me suis sentie profondément démunie. Personne ne comprenait vraiment ce qui se passait : ni lui, ni ses parents, ni moi.

Aujourd’hui, dans mon cabinet d’hypnothérapie, j’accompagne de nombreux parents qui vivent cette même situation de détresse : pleurs, cris, maux de ventre inexplicables, voire crises d’angoisse… Si vous traversez cette épreuve, vous vous sentez probablement tout aussi démuni que moi à l’époque. Et que dire de l’épuisement et de la culpabilité qui vous rongent au quotidien ?

Mon expérience en milieu scolaire, couplée à mon expertise d’hypnothérapeute, me permet aujourd’hui d’avoir une lecture beaucoup plus claire de la phobie scolaire. Loin du caprice ou de la paresse, comme on l’entend malheureusement trop souvent, ces enfants sont en état de réelle détresse.

1- La phobie scolaire : de quoi parle-t-on exactement ?

La phobie scolaire n’est pas une phobie classique. D’ailleurs le terme médical exact est le « Refus Scolaire Anxieux » (RSA). Ce trouble touche environ 1 à 5 % des élèves.

Dès 1941, le psychiatre Broadwin décrivait déjà cette forme bien particulière d’absentéisme pour le différencier de l’école buissonnière. En effet, dans la majorité des cas de phobies scolaires les absences ne sont pas cachées aux parents. Ces derniers font d’ailleurs généralement tout leur possible pour que l’enfant ou l’adolescent continue d’aller en cours.

La nuance est fondamentale : ces jeunes ne disent pas « je ne veux pas aller à l’école », mais plutôt « je ne PEUX pas y aller ». Il s’agit d’une véritable incapacité qui a pour conséquence un absentéisme scolaire en lien avec un trouble émotionnel. L’enfant veut souvent s’y rendre pour faire comme tout le monde, il essaie de toutes ses forces, mais son corps et son esprit disent « stop ». On observe souvent une recrudescence des cas de phobie scolaire aux retours de vacances. En effet, pendant ces périodes de pause scolaire, ces enfants libérés de la pression, vont beaucoup mieux.

L’aboutissement d’une longue phase invisible

Il est important de réaliser que le jour où l’enfant « craque » ne marque pas le début du problème. Cet arrêt brutal est en réalité l’aboutissement d’une longue phase invisible.

Une étude récente menée par Laelia Benoit (pédopsychiatre, chercheuse associée au Yale Child Study Center et à l’Inserm, et autrice d’un livre sur l’infantisme que j’ai présenté dans cet article ), révèle que des symptômes précurseurs apparaissent parfois jusqu’à 5 ans avant la déscolarisation totale. Pendant des mois, voire des années, l’enfant a pris sur lui et s’est forcé à aller en classe. Jusqu’au jour où tout bascule.

Quand le corps dit « stop » : la somatisation

C’est souvent ce qui alarme le plus les parents : quand la souffrance psychologique se transforme en véritable douleur physique. C’est ce que l’on appelle la somatisation. Les chiffres de l’étude montrent à quel point le corps réagit violemment à l’anxiété :

  • 85 % des enfants concernés font des crises de panique
  • 81 % souffrent de maux de ventre violents (un chiffre qui monte à 91 % chez les plus jeunes)
  • 68 % ont des troubles du sommeil
  • 61 % se plaignent de maux de tête

Ces douleurs ne sont pas « dans leur tête ». Elles sont la réponse mécanique d’un système nerveux complètement saturé par le stress. D’ailleurs, comme on va le voir plus loin, ce refus est très souvent associé à une dépression sous-jacente (33 % des cas) ou à une phobie sociale (28 %). C’est pour cela que dès que l’enfant peut rester à la maison, le stress baisse entraînant la disparition des symptômes visibles.

Un trouble multifactoriel

Le refus scolaire est rarement dû à un seul événement. A l’image d’un iceberg, le refus d’aller à l’école n’est que la pointe visible. En dessous, on retrouve souvent d’autres troubles comme l’anxiété de séparation, le trouble panique ou l’anxiété sociale pour les plus courants.

Plusieurs facteurs déclenchants sont fréquemment mis en lumière :

  • Un changement de cycle (entrée en CP, en 6ème, en 2nde)
  • Un événement familial majeur (déménagement, séparation, deuil, maladie d’un proche)
  • Le départ d’un ami proche
  • Le harcèlement : les moqueries et les menaces laissent des traces profondes (présent chez 48 % des jeunes concernés)

Dans notre société, où les enjeux scolaires sont tellement importants, la pression ressentie est un élément que l’on retrouve fréquemment (62 % des cas). Celle-ci peut être d’origine scolaire, parentale, ou même venir de l’enfant lui-même.

Les chiffres montrent également qu’un profil atypique est souvent associé au refus scolaire anxieux : 44 % des enfants de l’étude présentaient un Haut Potentiel Intellectuel (HPI), soulignant l’impact massif de l’hypersensibilité et du sentiment de décalage. On retrouve également très souvent des enfants présentant des troubles Dys ou un TDAH : ils dépensent une telle énergie à compenser leurs troubles qu’ils s’épuisent.

2- Mon accompagnement avec l’hypnose

Aborder différemment la phobie scolaire

L’idéal, face au refus scolaire, est de mettre en place un suivi pluridisciplinaire le plus rapidement possible. L’hypnose est un outil précieux qui va venir compléter le suivi médical et/ou psychologique (pédopsychiatre, psychologue, psychothérapeute …). La clé de la réussite réside dans la collaboration entre l’école, les parents et les thérapeutes. C’est en avançant tous ensemble qu’on donne les meilleures chances à l’enfant.

En tant qu’hypnothérapeute, mon rôle n’est pas de forcer votre enfant à retourner à l’école à tout prix, mais de travailler avec lui sur ce que son corps essaie d’exprimer. Son cerveau a assimilé l’école à une menace imminente, déclenchant des signaux qu’il ne peut pas contrôler rationnellement. La plupart du temps la parole seule, ne suffit pas à désactiver ce mécanisme. L’hypnose, avec son approche douce et adaptée aux plus jeunes, permet d‘aborder certains aspects de la phobie scolaire d’une manière différente. En cabinet, je m’adapte à l’histoire unique de votre enfant pour l’aider à :

  • Apaiser ses symptômes physiques : l’hypnose permet au système nerveux de relâcher la pression, désamorçant ainsi les maux de ventre, les migraines, les crises d’angoisse …
  • Réguler son sommeil : retrouver des nuits paisibles est la première étape indispensable pour avoir l’énergie de se reconstruire.
  • Traiter les traumatismes sous-jacents : nous pouvons travailler en douceur sur les blessures liées au harcèlement, à l’humiliation, à un sentiment d’échec répété …
  • Restaurer sa confiance en soi : l’estime de soi est bien souvent au plus bas. L’objectif est de l’aider à se reconnecter à ses propres ressources.
  • Diminuer la pression : l’hypnose permet d’aider à prendre du recul face aux enjeux scolaires et à apaiser ce climat de compétition

Un bouleversement familial : accepter de prendre le temps

Le refus scolaire est une réelle épreuve pour toute la famille. C’est pourquoi je prends également le temps d’accompagner les parents et, si besoin, la fratrie.

Les répercussions sur l’équilibre familial sont immenses : 69 % des parents réduisent leur rythme de travail pour s’occuper de leur enfant. Ce chiffre est énorme ! Dans notre société où la scolarité est reine, mettre l’école « sur pause » est extrêmement angoissant. L’une des plus grandes difficultés pour les parents est d’accepter ce temps d’arrêt, et d’arriver à se dire : « ce n’est pas grave ».

La santé de votre enfant est la seule priorité. Dans le cas d’une fracture par exemple, tout le monde accepte un temps de repos forcé avec plâtre, puis une période de rééducation. Dans le cadre d’une phobie scolaire, le processus de guérison est exactement le même, la seule différence réside dans la blessure qui est invisible.

En conclusion

La recherche scientifique est porteuse d’espoir : il n’y a pas de fatalité. Les chercheurs ont identifié plusieurs trajectoires d’évolution qui mènent à un rétablissement complet, à condition de mettre en place un accompagnement adapté et précoce.  A ce sujet, je vous invite à visionner la conférence du Dr Laelia Benoit sur la chaîne YouTube de l’Association Phobie Scolaire (voir c-dessous)

La phobie scolaire est une alarme. Une fois écoutée, elle permet à l’enfant de se reconstruire sur des bases plus solides. Le point essentiel reste la santé votre enfant : il redeviendra élève quand il sera prêt. Ce temps peut être long, mais c’est un temps à accepter. Tout se fait au rythme de votre enfant que ce soit la déscolarisation ou la reprise progressive. Chaque parcours est différent. Chaque accompagnement est différent.

Mon rôle en tant qu’hypnothérapeute est justement d’accompagner ce temps de pause et de reconstruction sans jamais le brusquer. À travers l’hypnose, je propose à votre enfant un espace sécurisant pour désamorcer ses angoisses corporelles et émotionnelles et l’aider à retrouver ses propres ressources.

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